Youssou Ndour, showman et faiseur de miracles à Lyon

Le Sénégalais a galvanisé le public des Nuits de Fourvière et retenu l’orage le 20 juillet

Le ciel est menaçant ce samedi 20 juillet au)­dessus du Grand Théâtre romain, à Lyon. Les Nuits de Fourvière y reçoivent pour la quatrième fois la star sénégalaise, Youssou Ndour. En ouverture de soirée, le chanteur camerounais Blick Bassy est venu présenter son dernier album, qu’il joue quasiment intégralement, le séduisant 1958. Son concert à peine terminé, l’orage éclate. Moment d’incertitude dans les loges. Faut­-il annuler ? La scène est protégée. Pas les gradins. On sort les capuches, les ponchos en plastique.

A 21 h 35, la pluie se calme, et le groupe de Youssou Ndour, l’édifiant Super Etoile, entre en scène, suivi par son boss, le pas décidé. L’orage s’éloigne. Il ne reviendra qu’à la fin, écourtant les rappels.

Le 20 juillet, à Lyon, quasiment cinquante ans jour pour jour après le premier pas de l’homme sur la Lune, Youssou Ndour retient la colère du ciel et s’offre le luxe d’un petit miracle. Avec l’élégance (tout de blanc vêtu) et la fougue (à 59 ans, comme à 20 ans) qui font sa marque. Showman accompli, il ouvre grands les bras, il danse, va chercher son public, le fait chanter, chavirer, épaulé par son impeccable petite bande, dont les percussionnistes Mbaye Dièye Faye et Assane Thiam, increvables guerriers du rythme.

La scène, c’est son truc, son « espace de liberté », nous racontait quelques heures plus tôt dans son hôtel le chanteur, également ministre conseiller du président Macky Sall, réélu en février 2018 pour un second mandat. Il arrive du Caire, où il est allé soutenir l‘équipe nationale, les Lions de la Teranga, battus par l’Algérie, lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, la veille. Il était sur le point de s’envoler de Dakar pour l’Egypte quand il a appris le décès du chanteur sudafricain Johnny Clegg, le mardi 16 juillet. Il a immédiatement mis en ligne sur son compte Facebook une vidéo d’un extrait de concert où il chante en duo avec lui. «Son combat a toujours résonné en moi. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises, notamment en 1988, à Abidjan, pour le concert du Human Rights Tour [tournée organisée au profit d’Amnesty International pour célébrer les quarante ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme], avec Peter Gabriel, Sting, Tracy Chapman, Bruce Springsteen. J’avais proposé de le faire venir avec nous à Abidjan. Il a fait un super­show au stade Félix ­Houphouët­ Boigny. Ensuite, je l’ai invité pour un concert à Gorée, au Sénégal. »

Sur la scène de Fourvière, il rend hommage à Johnny Clegg par quelques mots et reprend le refrain d’« Asimbonanga »
Sur la scène de Fourvière, il lui rend hommage par quelques mots et reprend le refrain d’Asimbonanga. Babatunde Olatunji l’engagé. Puis vient le temps d’entonner Birima, l’un de ses propres succès, présent sur l’album I Bring What I Love (2000), repris et « relooké », avec une jeune chanteuse suédoise d’origine sénégalaise, Seinabo Sey, sur History, son dernier album (paru chez Naïve en avril 2019). Il enchaîne ensuite avec Seven Seconds, son titre le plus renommé (le single s’est vendu à près de 2 millions d’exemplaires), créé avec la chanteuse suédoise Neneh Cherry, qu’il chante à Fourvière avec sa choriste Cali Kamga.

A part Birima, Salimata (également repris sur History), et Ay Coono La, il n’y aura pas d’autre allusion au répertoire d’History. Le chanteur dit attendre 2020 pour amener plus avant sur scène cet album et notamment les deux titres intégrant la voix du percussionniste et chanteur nigérian Babatunde Olatunji, mort en avril 2003 aux Etats­Unis, ami de John Coltrane et Sun Ra. L’album Drums of Passion d’Olatunji inspira Serge Gainsbourg, qui lui empruntera (en oubliant de le créditer) trois titres pour son propre album Gainsbourg Percussions (1964).

« Un jour, à Los Angeles, j’ai eu la visite dans ma loge du neveu de Babatunde, raconte Youssou Ndour. Il m’a laissé l’enregistrement de deux chansons inédites en me proposant d’en faire quelque chose. Je suis heureux de pouvoir aujourd’hui perpétuer la mémoire de ce musicien engagé que davantage de jeunes doivent connaître. J’ai l’intention de sortir un documentaire sur lui en 2020. Nous allons partir bientôt le tourner au Nigeria. Ce film doit sortir absolument l’année prochaine, pour le présenter à Africa 2020, la saison des cultures africaines en France, dont je suis le parrain avec Angélique Kidjo. »

En attendant, l’urgence, après Fourvière, qu’il quitte quelques heures à peine après le concert, c’est de rejoindre ses «petits frères», les Lions de la Téranga pour les honorer au cours d’un immense concert qui sera donné ce lundi 22 juillet, place de la Nation, à Dakar (Concert finalement annulé, en raison de la coïncidence avec le 8e jour du décès d’Ousmane Tanor Dieng : Ndlr).

Patrick Labesse (Le Monde)

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