Quelle méthode pour arrêter de fumer ?

Si les chiffres du tabac connaissent une baisse historique, la France compte encore environ 13 millions de fumeurs. Lorsqu’on souhaite s’arrêter de fumer, il n’est jamais facile de choisir la bonne méthode adaptée à ses habitudes, à son comportement ou à sa dépendance. Le mieux est de trouver celle qui vous permettra d’arrêter sereinement, tout en limitant les risques de rechute.

Chaque fumeur est unique
Chaque fumeur est différent. Sa façon d’arrêter de fumer ne sera pas celle de son voisin ou même de son conjoint. D’ailleurs, il est difficile d’affirmer qu’une méthode est meilleure qu’une autre.

Pour déterminer la méthode la plus adaptée pour arrêter de fumer, il faudra s’intéresser à toute l’histoire du fumeur et se poser les questions suivantes :

A-t-il déjà arrêté, avec quoi, de quelle manière ?
A-t-il été suivi par un médecin ?
Était-il satisfait du résultat ?
Si cela n’a pas fonctionné, quelle en est la raison ?
Veut-il recommencer avec la même méthode ou au contraire changer radicalement ?
Surtout, a-t-il un profil qui fait de lui une cible plus importante face aux dangers du tabac, comme les personnes atteintes de maladies causées ou aggravées par le tabac et les femmes enceintes ?
Que le patient choisisse de consulter un spécialiste ou de se sevrer seul, il doit d’abord se poser ces questions et y répondre afin de choisir sa méthode. La réussite du sevrage tabagique est étroitement liée à la motivation de chaque fumeur et à son degré de dépendance à l’égard du tabac.

Les différentes méthodes pour arrêter de fumer
LES SUBSTITUTS NICOTINIQUES
Les substituts nicotiniques fonctionnent très bien, s’ils sont bien utilisés. Il peut s’agir de gommes à mâcher, de patchs à appliquer sur la peau, de nicotine à aspirer grâce à un inhalateur, en pulvérisation buccale ou en comprimés à sucer ou à faire fondre sous la langue. Ils sont disponibles librement en pharmacie, sans ordonnance.

Le Dr Peim rappelle que pour être efficaces, les patchs, les comprimés ou encore les gommes doivent être utilisés au juste dosage : si la quantité de nicotine est insuffisante, les substituts, quels qu’ils soient n’auront pas l’effet souhaité. Autre élément important : le mode d’emploi doit être suivi à la lettre. Les gommes, par exemple, ne doivent pas être consommés comme des chewing-gums ; quant au patch, il faut parfois le retirer pendant la nuit.

LE REMBOURSEMENT DES SUBSTITUTS NICOTINIQUES
Depuis 2007, les substituts nicotiniques sont pris en charge dans le cadre d’un forfait annuel, à hauteur de 150 € par an. Depuis 2018, certains de ces traitements (gommes à mâcher et des patchs) ne sont plus pris en charge dans le forfait car ils sont désormais remboursables à 65 %, comme n’importe quel médicament. Pour les substituts nicotiniques qui sont pris en charge dans le cadre du forfait annuel de 150 €, certaines conditions sont requises pour être bien remboursé : ils doivent être prescrits sur une ordonnance consacrée exclusivement à ces produits et doivent figurer sur la liste des substituts nicotiniques pris en charge par l’Assurance Maladie (accessible en ligne sur ameli.fr).

LES MÉDICAMENTS
Certains médicaments tels que le bupropion LP (Zyban ®) et la varénicline (Champix ®) peuvent être recommandés au fumeur si les substituts nicotiniques n’ont pas fonctionné et si le sevrage tabagique a été un échec. Ce traitement nécessite toutefois un suivi médical strict et n’est donné qu’en seconde intention chez les adultes ayant une forte dépendance tabagique (score au test de Fagerström qui définit le taux de dépendance supérieur à 7).

Le recours aux médicaments pour arrêter de fumer est limité en raison des effets indésirables importants qui ont parfois suscité certaines controverses, notamment avec la Varénicline (contre-indiqué chez la femme enceinte).

LES THÉRAPIES COMPORTEMENTALES
Les thérapies comportementales associées aux médicaments ont fait leurs preuves. Une étude scientifique américaine s’est penchée sur la question et a fourni la conclusion : en comparant les meilleures méthodes pour arrêter de fumer, elle indique que les interventions comportementales (consultations de conseil individuelles, consultations par téléphone, méthodes d’auto-soutien) utilisées seules ou avec des substituts nicotiniques et des médicaments, se révèlent les plus efficaces.

La thérapie comportementale serait particulièrement adaptée aux femmes enceintes, bien que certains médicaments Varénicline soient contre-indiqués en cas de grossesse ou d’allaitement.

LA CIGARETTE ÉLECTRONIQUE
La cigarette électronique s’est imposée ces dernières années comme une alternative à la cigarette. Inventée en Chine, elle est un dispositif électronique générant une vapeur aromatisée et pouvant contenir ou non de la nicotine (si c’est le cas, à une dose plus faible que la cigarette classique). Cependant, beaucoup de questions subsistent à son propos : est-elle une solution de sevrage à recommander ? Peut-elle être considérée comme un médicament ? Et surtout, est-elle sans danger pour la santé ?

LA MÉDECINE DOUCE
La médecine douce (acupuncture, hypnose, cigarettes sans tabac, homéopathie…) est parfois présentée comme une alternative, mais surtout pour donner un coup de pouce en complément du traitement de base et sous certaines conditions. En effet, les études prouvent qu’elle fournit des résultats encore peu efficaces quand on souhaite arrêter de fumer et qu’elles ne doivent pas être utilisées en première intention.

LES MÉTHODES DÉCONSEILLÉES POUR ARRÊTER DE FUMER
Selon la Haute Autorité de santé (HAS), il existe des stratégies thérapeutiques qui sont déconseillées pour arrêter de fumer :

La clonidine, les antidépresseurs tricycliques, la buspirone, les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ;
Les anorexigènes, les bêtabloquants, le Nicoprive®, la caféine/éphédrine, la cimétidine, la lobéline, le méprobamate, les benzodiazépines, l’ondansétron, la vaccinothérapie, l’acétate d’argent ;
La mésothérapie, l’auriculothérapie, le laser.
L’utilisation de chaque substitut dépend donc du fumeur et de son type de dépendance. Pour trouver la bonne solution, il ne faut pas hésiter à demander conseil à son pharmacien ou à consulter un médecin ou un tabacologue. L’un et l’autre sauront expliquer et conseiller au fumeur la méthode la mieux adaptée à son cas.

Si la personne qui souhaite arrêter de fumer a déjà décidé du traitement qu’elle souhaitait employer, et s’il n’y a pas de contre-indication médicale, il n’y a pas de raison que le médecin lui refuse. En revanche, il faut lutter contre les a priori et bien expliquer que toutes les méthodes sont efficaces si elles sont bien employées.

Arrêter seul ou se faire aider ?
Si vous décidez d’arrêter de fumer, vous pouvez choisir de le faire seul ou bien d’être entouré par des professionnels de santé.

Les fumeurs qui entreprennent leur démarche seul peuvent bénéficier :

D’un accompagnement téléphonique grâce à Tabac Info Service ;
D’un coaching personnalisé en téléchargeant l’application Tabac Info Service ;
La ligne 3989 et le site internet permettent également aux internautes d’accéder à un suivi personnalisé dans leur démarche d’arrêt ou celle de leurs proches, par messagerie.
Pourtant, les chiffres ne mentent pas : plus de neuf fois sur dix, les fumeurs n’arrivent pas à arrêter leur consommation de tabac sans se faire aider par des professionnels de santé. Dans ce cas, il est conseillé de faire appel à des spécialistes qui pourront vous conseiller et vous orienter, tels que des tabacologues, des addictologues ou encore des psychologues.

L’implication des médecins traitants, grâce à leur rôle de prévention et leur proximité avec les patients, est indispensable. Cela suppose pour certains d’entre eux une sensibilisation préalable. Le rôle d’autres professionnels de santé (sages-femmes et infirmiers, notamment) est également non-négligeable.

Selon les recommandations de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM), l’aide au sevrage tabagique peut prendre des formes variées et plus ou moins intensives selon l’importance des dépendances et des difficultés à l’arrêt, allant du conseil minimal donné par tout professionnel de santé à l’intervention de tabacologues pour les formes les plus sévères.

UNE AIDE POUR LES JEUNES CONSOMMATEURS
Les consultations jeunes consommateurs (CJC) de drogue info services sont présentes dans la quasi-totalité des départements français. Elles proposent un accueil gratuit et confidentiel aux jeunes de 12 à 25 ans qui souhaitent échanger sur leurs consommations, idéalement avant que celles-ci ne deviennent problématiques. L’usage du tabac est souvent abordé, même s’il peut s’agir de l’alcool ou des jeux vidéo.

Arrêter brutalement ou progressivement ?
Alors qu’on pensait hier que seul l’arrêt total du tabac menait à la réussite, on sait aujourd’hui qu’un sevrage progressif est possible. Et là encore, en fonction de chacun, on pourra choisir la méthode la plus adaptée. Et parce que le tabagisme est un comportement renforcé par une dépendance, dont la nicotine est principalement responsable, seule une minorité de fumeurs parvient à une abstinence permanente dès la première tentative d’arrêt, alors que la majorité persiste dans une consommation de tabac sur plusieurs années selon une alternance de périodes de rechutes et d’abstinence.

Pour le Dr Peim, « c’est souvent très anxiogène pour un fumeur d’arrêter brutalement et ce stress peut être synonyme d’échec. Il peut être pertinent de supprimer d’abord les cigarettes de la journée. Tous les fumeurs qui travaillent savent combien descendre les 25 étages de son bureau 10 fois par jour pour fumer peut être contraignant… L’usage du substitut dans la journée permettra de se passer de ces cigarettes et d’aller progressivement vers un arrêt total ».

Quelle que soit la méthode choisie, la personne qui décide d’arrêter de fumer doit devenir l’acteur principal de son sevrage. Le bon timing et la bonne méthode lui appartiennent.

Comment éviter les rechutes ?
Quand on arrête de fumer, des symptômes peuvent apparaître pendant la période de sevrage : prise de poids, irritabilité, anxiété etc. Si c’est le cas, il faut vous tourner vers votre médecin ou vers un professionnel de santé qui pourra vous aider à gérer ces changements, notamment grâce à l’établissement de règles de base concernant l’équilibre alimentaire et l’activité physique.

Arrêter de fumer, c’est bien, mais tenir sur la durée, c’est encore mieux ! Votre médecin ou le professionnel de santé qui vous suit pourra également vous sensibiliser aux risques de rechute. Il pourra vous aider à repérer :

Les situations pouvant conduire à allumer une cigarette ;
Les émotions ressenties dans cette situation ;
Les pensées qui amènent à prendre cette cigarette.
Enfin, il vous proposera une alternative vers laquelle vous pourrez vous tourner lorsque surgiront ces situations, émotions ou pensées.

N’hésitez pas à consulter le site de Tabac Info Service qui propose plusieurs conseils pour la période de sevrage tabagique et comment résister à l’envie de fumer.

Anne-Aurélie Epis de Fleurian
Ecrit par:
Dr Anne-Aurélie Epis de Fleurian
Pharmacienne

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Résoudre : *
5 + 3 =