Coronavirus: à la recherche de l’animal coupable

Le 7 janvier, quelques semaines après l’apparition de la maladie à Wuhan, dans le centre du pays, les Chinois identifiaient un nouveau coronavirus. Les invités de l’édition spéciale de RFI reviennent sur l’origine de l’épidémie.

Plus de 31 000 personnes infectées, 636 morts, une vingtaine de pays touchés, des villes entières placées en quarantaine et des frontières qui se ferment… Plus d’un mois après son apparition dans le Wuhan, en Chine, les chercheurs du monde entier remontent peu à peu la piste du coronavirus 2019-nCoV.

L’hôte intermédiaire, le chaînon manquant

« C’est une histoire qui se répète par rapport à ce que l’on savait du Sras, explique le Professeur Arnaud Fontanet, directeur du département de santé globale à l’Institut Pasteur, puisqu’au départ, il y a une chauve-souris – le génome de ce nouveau virus est à 96 % identique à celui retrouvé chez une chauve-souris du centre de la Chine en 2018 ».

Mais cette chauve-souris ne serait qu’un « animal réservoir », c’est-à-dire qu’elle aurait hébergé la maladie sans la contracter. « On sait, poursuit le Pr. Fontanet, qu’il y a eu ce qu’on appelle un « hôte intermédiaire », un animal qui est vendu dans des marchés, très vraisemblablement dans les marchés d’animaux de Wuhan, d’où est partie l’épidémie, puisque parmi les premiers patients, beaucoup avaient eu des contacts avec ce marché d’animaux. »

Interdire la consommation de l’animal suspect

L’enquête se concentre donc sur ce marché, fermé depuis le début de l’épidémie, mais le suspect n’a toujours pas été identifié. Pour le Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère), il s’agissait de la civette palmiste, un petit mammifère dont la viande est très prisée des Chinois, « vendue dans ces marchés-restaurants du sud-est de la Chine ». Pour l’heure, on n’a pas les résultats de l’investigation menée sur le marché où des prélèvements ont été effectués. Mais on sait que des traces du coronavirus ont été retrouvés sur certains.

Pourquoi est-ce important ? Car cela permettrait d’empêcher la réapparition du virus, une fois que l’épidémie sera jugulée. En effet, rappelle le médecin épidémiologiste de l’Institut Pasteur, après la fin de l’épidémie de Sras en 2003, la Chine avait interdit la vente et la consommation de civettes, supprimant ainsi le vecteur de ce Syndrome respiratoire aigu sévère à l’origine de la mort de 774 personnes dans le monde en 2002-2003. « Si on trouvait le réservoir et l’hôte intermédiaire qui ont transmis le virus dans le marché de Wuhan, on pourrait donc interdire sa consommation », pointe-t-il.

Ces épidémies zoonotiques [qui se transmettent des hommes aux animaux et des animaux aux hommes, NDLR] n’ont rien de nouveau, rappelle Frédéric Vagneron, spécialiste de l’histoire de la médecine et des maladies infectieuses. « Le développement des réseaux de surveillance, notamment virologiques, a permis de voir apparaître ces réservoirs de maladie qui se transmettent des animaux aux hommes. Par exemple, la grippe, on sait que c’est une maladie zoonotique à partir du dernier tiers du 20e siècle, et depuis cette époque-là, on a une connaissance de plus en plus fine de ces virus et de ces transmissions entre les animaux et les hommes. »

Du temps perdu ?

Comme la grippe, le 2019-nCoV est une pneumopathie, mais la comparaison s’arrête là, car pour l’heure, il n’existe pas de vaccin. « Il y a eu une prouesse technologique : en moins d’un mois, les chercheurs chinois ont publié le génome complet du virus, ce qui a permis de l’envoyer à des chercheurs du monde entier », estime le Pr. Fontanet. Mais, en parallèle, du temps a été perdu.

« Les hôpitaux ont alerté sur les premiers cas au début du mois de décembre, le 8 exactement, indique Hermine Roumilhac, journaliste à la rédaction chinoise de RFI. Huit médecins ont alerté sur le fait qu’un virus circulait qui ressemblait beaucoup au Sras. Mais cela a été tout de suite étouffé, explique-t-elle, parce qu’ils ont été tous invités à prendre un thé avec des policiers qui les ont sommés de retourner au travail et de se taire. Ils ont aussi signé un papier comme quoi ils n’allaient plus propager de soi-disant fausses nouvelles. » Résultat : ce n’est que le 23 janvier que la ville de Wuhan est placée en quarantaine. Mais là aussi, raconte la journaliste, « la nouvelle a été donnée des heures en avance de cette fermeture de ville. Donc, selon le maire, 5 millions de personnes avaient déjà quitté la ville, et avec eux peut-être, beaucoup de porteurs de virus. »

RFI

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